« Aberration », « suicide », les qualificatifs ne manquèrent pas à propos de l’entrée en guerre du Hezbollah le 26 mars dernier. Cette aventure de trop était apparu de nature à apporter sa fin, voire à entraîner l’écroulement radical de la communauté chiite. L’effondrement d’un ensemble humain (État, groupe social ou parti politique) est sujet familier des sociologues et des historiens : une typologie causale a été établie, distinguant causes objectives et subjectives, internes et externes. Cette langue de terre baptisée sur le tard Liban fut plus que tout autre exposée aux interventions externes : l’évocation des invasions successives constitue l’essentiel de l’affligeant manuel scolaire Tarikh biladi ; jusqu’au vingtième siècle où, comble de malchance, le nouvel État à peine érigé se retrouva dans le voisinage géographique (et donc politique et militaire) d’une « nation juive » sacralisée par la mauvaise conscience occidentale (avions et bombes à l’appui). Les causes internes d’effondrement n’étaient pas en reste : une texture géographique propice à abriter des groupements humains divergents constituait un avantage, qui se révéla sur le long terme néfaste ; plusieurs communautés se proclamant de fois divines différentes ont pu trouver là un terrain pour leur existence en tant que groupes fermés, mais aussi pour leurs conflits, n’hésitant pas à nouer des alliances extérieures afin de prévaloir sur leurs voisins, ce qui les portait in fine à se soumettre à leurs souteneurs. Et la malice de l’Histoire enferma ce mélange détonant dans un ensemble étatique commun, multiplicateur des conflits… et des appuis : l’allié occidental d’abord, favorable aux communautés chrétiennes, notamment la maronite, l’allié arabe puis palestinien ensuite, favorables aux communautés musulmanes, notamment la sunnite, pour arriver là où nous sommes, l’allié iranien favorable à la communauté chiite. A chaque fois on a connu des conflits guerriers. Une différence toutefois. Si les composantes libanaises et leurs alliés non libanais étaient assez bien délimités au sein des alliances chrétiens-Occident et musulmans-Palestiniens, l’alliance chiites-Iran est singulièrement porteuse d’une confusion à même de tromper : l’occupant physique qui relève de l’allié iranien n’est pas extérieur ; une légion militaire iranienne occupe le pays oui, mais prélevée sur une communauté confessionnelle libanaise au profit d’un objectif iranien.
Liban(s)
Vingt points pour délimiter la situation libanaise
1 – « Les affaires importantes des petits États relèvent foncièrement de la politique étrangère »… La formule se vérifie bien moins pour la Suisse, que pour le Liban. Si la dissemblance des deux pays découle forcément de leur situation géopolitique, elle découle plus encore de leur structure interne, pourtant communautaire dans les deux cas. Les communautés constituant la Suisse ont intégré leurs intérêts propres à ceux de leur État, quand les communautés libanaises se répartissent l’État (qu’elles minent) pour affirmer leurs intérêts… L’ingérence des puissances extérieures s’articule sur les contradictions communautaires, principalement : la France puis les États-Unis sur le plan international ; l’Égypte nassérienne et la Résistance Palestinienne, puis la Syrie assadiste et enfin l’Iran sur le plan régional –l’immixtion israélienne agissant de façon plutôt réactive et principalement militaire